Le Monde d'Isis
Qui sont les païens selon la Bible et l'islam ? Clarté comparée

Qui sont les païens selon la Bible et l'islam ? Clarté comparée

Les païens dans la Bible (ethnoi, pagani) et dans l'islam (mushrikûn, kâfir) : origines des mots, distinctions essentielles, et ce que les païens d'aujourd'hui répondent à ces étiquettes.

Lysara
Écrit par Lysara
Rédaction : Charles
·6 min
PartagerP𝕏f

Bonjour, voyageur. Lysara t'accompagne pour ce cheminement.

Le mot païen porte une longue histoire. Dans la Bible comme dans le Coran, il a servi à désigner ceux qui ne partageaient pas la foi du groupe — non-juifs, puis non-chrétiens, puis non-musulmans. Mais derrière le mot unique, plusieurs notions distinctes coexistent — ethnoi, pagani, mushrikûn, kâfir. Confondre, c'est appauvrir.

Cet article articule — sans prendre parti pour une religion contre une autre — ce que chacune de ces traditions dit, et ce que les païens d'aujourd'hui en font. Pour situer cette voie dans son ensemble, voir le hub du paganisme.

Les païens dans la Bible : un mot, plusieurs strates

Dans la Bible, le mot que nous traduisons par « païen » recouvre en réalité plusieurs termes. Les distinguer change beaucoup.

Ethnoi : les nations

Dans le Nouveau Testament grec, le terme employé est ethnoi — « les nations », « les peuples ». Il désigne d'abord les peuples non-juifs — ceux qui ne sont pas dans l'alliance d'Israël. Le mot n'est pas, à l'origine, une insulte : c'est une catégorie ethnique et religieuse, neutre dans son énoncé.

Dans l'Ancien Testament, ces nations sont tantôt voisines amicales, tantôt ennemies — Édom, Moab, l'Égypte, Babylone. Israël s'y rapporte de manière contextuelle. Le terme prend une coloration plus chargée quand il est associé à l'idolâtrie : les nations adorent d'autres dieux, ce qui est, dans la perspective biblique, l'écart majeur.

Pagani : ceux des campagnes

Quand le christianisme se diffuse dans l'Empire romain, il s'installe d'abord dans les villes. Les pagani — habitants des pagi, des campagnes — restent plus longtemps fidèles aux anciens cultes. Le mot devient alors, dans l'usage chrétien, un synonyme de « non-converti », puis « idolâtre ».

C'est ce glissement qui fixe le sens péjoratif que le mot porte en français. Un habitant rural devient un retardataire spirituel. Le mépris urbain s'attache à un mot géographique.

Dans le Nouveau Testament : Paul et les païens

Paul de Tarse se nomme lui-même « apôtre des païens » — c'est-à-dire des non-juifs qu'il convertit au christianisme naissant. Dans ses épîtres, l'enjeu est ouvert : faut-il que les païens convertis suivent la Loi juive ou pas ? Le débat fonde la séparation entre judaïsme et christianisme.

Le terme « païen » est donc, chez Paul, plus une catégorie d'origine qu'un jugement définitif. Le païen est destinataire d'un message — quelqu'un à qui on s'adresse, pas seulement quelqu'un qu'on rejette.

Les païens dans le Coran et l'islam : des distinctions fines

Le Coran ne contient pas, à proprement parler, le mot « païen ». Il emploie d'autres notions, qu'il importe de ne pas confondre.

Mushrikûn : ceux qui associent

Le terme central est mushrikûn (singulier mushrik) — « associationnistes ». Il vient de la racine shirk qui signifie « associer » : associer à Dieu d'autres divinités, ce qui dans la perspective coranique constitue la faute majeure. Le tawhid — l'affirmation de l'unicité de Dieu — est le pivot autour duquel se définit l'islam.

Les mushrikûn visés dans le Coran sont essentiellement les Arabes polythéistes de La Mecque pré-islamique, qui adoraient plusieurs divinités autour de la Kaaba. Le terme est précis — il vise une situation historique.

Kâfir : le mécréant

Plus large que mushrik, le terme kâfir (pluriel kuffâr) signifie littéralement « celui qui couvre, qui voile » — sous-entendu : qui voile la vérité, qui refuse de la reconnaître. Sa traduction usuelle est « mécréant ».

Selon les lectures, kâfir peut désigner tout non-musulman, y compris juifs et chrétiens, ou seulement les non-musulmans qui rejettent activement le message. Les courants modérés réservent le terme aux refus actifs ; les courants plus stricts l'étendent.

Les « gens du Livre » : un statut distinct

Juifs et chrétiens occupent dans le Coran un statut intermédiaire — ahl al-kitâb, « les gens du Livre ». Reconnus comme porteurs d'une révélation antérieure, ils ne sont pas assimilés aux mushrikûn. Ils peuvent vivre sous protection en terre d'islam (statut dhimmi historiquement).

Cette distinction est essentielle : païen et kâfir ne sont pas synonymes. Les juifs et les chrétiens, du point de vue coranique, ne sont pas païens — ils ont reçu une révélation. Les polythéistes, eux, le sont.

Pour situer la dimension proprement religieuse du paganisme actuel, voir qu'est-ce que la religion païenne.

Pourquoi « païen » écrase ces nuances

Quand on traduit ethnoi, pagani, mushrikûn et kâfir par un seul mot français — « païen » — on fait disparaître les distinctions que les textes maintenaient. On reverse tout dans la catégorie « les autres », « ceux qui ne sont pas de la maison ».

  • On confond une catégorie ethnique (ethnoi : les non-juifs) avec une catégorie théologique (mushrik : celui qui associe à Dieu).

  • On gomme les statuts intermédiaires : les chrétiens sont, pour les musulmans, gens du Livre — pas païens.

  • On hérite d'une polémique entre monothéismes sans la voir, puisqu'on parle leur langue à leur place.

  • On efface l'autodéfinition des concernés : un druide contemporain ne se reconnaît dans aucune de ces catégories.

Païen biblique, païen coranique, païen contemporain

Trois figures différentes, qu'il importe de ne pas superposer.

  • Le païen de la Bible — un non-juif, puis un non-chrétien, souvent défini par l'adoration d'autres dieux que YHWH. Catégorie historique, ancrée dans le contexte du Proche-Orient ancien.

  • Le mushrik du Coran — un associationniste, défini en opposition au tawhid (unicité divine). Catégorie théologique précise, pensée pour les polythéistes arabes du VIIᵉ siècle.

  • Le païen contemporain — quelqu'un qui revendique librement une voie spirituelle non monothéiste : wicca, druidisme, asatru, écospiritualité. Posture d'autodéfinition, hors du cadre des religions du Livre.

Les trois figures partagent un mot. Elles ne partagent pas grand-chose d'autre. Et c'est précisément ce qu'il faut tenir au clair pour penser sans confondre.

Ce que les païens d'aujourd'hui répondent

Confronté à l'héritage du mot — souvent péjoratif — le paganisme contemporain répond de plusieurs manières.

  • Réappropriation : revendiquer « païen » comme une fierté tranquille, retourner le stigmate.

  • Préférer un autre nom : se dire wiccan, druide, asatruar, écospirituel — pour échapper à la charge.

  • Coexistence : ne pas se positionner contre les monothéismes, simplement à côté.

  • Dialogue : reconnaître ce que ces traditions ont de précieux sans en accepter l'autorité.

La posture dominante n'est pas l'opposition mais le décentrement. On peut être païen et avoir lu la Bible avec respect, écouté Rumi avec émerveillement, médité avec un moine bouddhiste. Ce sont des sagesses parmi d'autres — qu'on accueille sans s'y soumettre.

Pour situer cette posture face à l'incroyance pure, voir la différence entre païen et athée. Pour la pratique concrète au quotidien : les rituels païens.

Une note sur les lectures actuelles

Il serait injuste de figer les religions du Livre sur leurs énoncés les plus durs. Les théologies contemporaines — catholique, protestante, musulmane — ont largement nuancé les passages anciens.

  • Vatican II (1965), dans Nostra Aetate, reconnaît qu'il existe « du vrai et du saint » dans les autres religions.

  • Des courants soufis musulmans ont cultivé un universalisme spirituel — Ibn Arabi parle d'un cœur capable d'accueillir toutes les formes.

  • Le judaïsme reconnaît les sept lois noahides — un code éthique destiné à toute l'humanité, qui ne demande pas la conversion.

  • Beaucoup de croyants vivent au quotidien une bienveillance qui dépasse les énoncés stricts de leur tradition.

Reconnaître ces déplacements, c'est honorer la vivacité de ces traditions, sans pour autant nier les passages plus exclusifs. Les textes sont ce qu'ils sont ; leurs interprétations bougent.

Cet article articule des concepts religieux — il ne prend pas parti pour une foi contre une autre. Si tu vis une crise spirituelle profonde ou un conflit familial autour de la religion, l'accompagnement par une personne de confiance — psychologue, médiateur, accompagnant spirituel — peut être précieux. La spiritualité, qu'elle soit païenne, chrétienne, musulmane ou autre, n'est ni une thérapie ni un substitut à un soin médical.

Questions fréquentes

Le mot « païen » désigne-t-il la même chose dans la Bible et dans le Coran ?

+
Non. Dans la Bible, païen traduit le grec ethnoi (les nations) et le latin pagani (gens des campagnes) — il désigne d'abord les non-juifs, puis les non-chrétiens. Dans le Coran, on lit mushrikûn (associationnistes, ceux qui associent à Dieu d'autres divinités) et kâfir (mécréant) — concepts proches mais distincts. Traduire systématiquement par « païen » écrase ces nuances.

Un païen contemporain est-il un kâfir ou un mushrik ?

+
Selon une lecture stricte de l'islam, un polythéiste serait techniquement mushrik. Mais cette catégorie a été pensée pour le contexte arabe du VIIᵉ siècle — pas pour les voies païennes modernes, qui sont souvent panthéistes, animistes ou symboliques plutôt qu'idolâtres au sens coranique. Plaquer l'étiquette efface plus qu'elle n'éclaire.

Pourquoi le mot « païen » a-t-il pris une connotation péjorative ?

+
Parce qu'il a été employé par les pouvoirs religieux dominants — d'abord chrétiens, ensuite musulmans — pour désigner ceux qui résistaient à la conversion. Le terme a glissé de « habitant rural » à « non-croyant » puis à « idolâtre ». La connotation négative est l'écho d'une histoire de domination, pas une vérité sur les voies qu'il désigne.

Les païens d'aujourd'hui rejettent-ils ces traditions monothéistes ?

+
Pas en bloc. Beaucoup respectent la Bible et le Coran comme textes anciens, sans en accepter l'autorité sur leur propre voie. La posture la plus répandue : la coexistence sans dogme. On peut admirer le Cantique des Cantiques sans devenir chrétien, lire Rumi sans devenir musulman, honorer Brigid sans rejeter quoi que ce soit.

Les textes sacrés évoluent-ils sur la question ?

+
Les textes, non. Leurs lectures, oui. Les théologiens chrétiens et musulmans contemporains nuancent largement les passages anciens. Le concile Vatican II (1965) reconnaît qu'il existe « du vrai et du saint » hors du christianisme. Côté musulman, des courants soufis ont longtemps cultivé un universalisme spirituel. Le dialogue est possible — il a juste rarement lieu publiquement.

Découvre l'app du Monde d'Isis

Parle aux esprits, tire le tarot, et avance avec des parcours de 30 jours guidés. Ton compagnon spirituel, au quotidien.

Parcours de 30 joursTarot des espritsParler aux espritsTitres à débloquer

En préparation · dès 4,99 €/mois · Les 100 premiers membres fondateurs gardent −50 % à vie.

Lysara
Signé par
Lysara
Gardienne du Temple des Éléments, dernière survivante de Lithos.
Découvrir →

Dernière mise à jour : 02/07/2026

PartagerP𝕏f